Revue de presse Private Equity — Semaine 42 (12 – 18 octobre 2026)

18 octobre 2026
Par Gilles Mougenot — fondateur d’Argos, Senior Advisor chez Argos Fund, ancien Président de France Invest
By Gilles Mougenot — founder of Argos, Senior Advisor at Argos Fund, former Chairman of France Invest

1. France, premier semestre 2026 : des levées en recul de 30 % hors infrastructure, des investissements stables et des cessions qui repartent (+24 % avec l’infrastructure, environ +4 % hors infrastructure), la durée moyenne de détention des entreprises cédées ressortent à 7,0 ans, son plus haut niveau depuis 2022

La 42e édition de l’étude d’activité France Invest × Grant Thornton (octobre 2026 ; échantillon de 354 répondants sur 382 membres interrogés, soit 93 % de couverture) dresse le bilan du capital-investissement français au premier semestre 2026. Hors fonds d’infrastructure, les levées s’établissent à 10,2 milliards d’euros, en baisse de 30 % sur le premier semestre 2025 — et de 15 % si l’on exclut les fonds de continuation ; le capital-transmission recule tandis que le growth rebondit grâce à quelques levées de grande taille et que le venture marque le pas faute de levée d’envergure. Du côté des souscripteurs, les fonds de fonds restent la première catégorie d’investisseurs dans les fonds levés, malgré un repli de 56 % de leurs souscriptions, suivis de près par les assureurs et mutuelles (dont les souscriptions progressent de 73 %) ; viennent ensuite les caisses de retraite et fonds de pension, qui apportent 1,18 milliard d’euros (12 % des 10,2 milliards levés) avec une hausse de 509 % sur un an, le secteur public (1,05 milliard, soit 10 %, en baisse de 58 %), les banques (0,84 milliard, –49 %) et les fonds souverains (0,56 milliard, +16 %) ; les investisseurs étrangers (souscripteurs dont l’origine géographique est hors de France) apportent 46 % des montants levés, niveau supérieur à celui de la période 2021-2025. Les investissements, eux, sont stables en valeur : 10,6 milliards d’euros dans 1 264 entreprises (hors infrastructure) ; la part des fonds de continuation dans les montants investis retombe à 5 %, contre 10 % au premier semestre 2025, après avoir été multipliés par 3,9 entre 2024 et 2025.

Les cessions sont le chiffre à retenir : 4,8 milliards d’euros désinvestis au coût historique (hors infrastructure) contre 4,6 un an plus tôt, pour 598 entreprises contre 574 ; en incluant l’infrastructure, qui porte la reprise, le total atteint 6,1 milliards d’euros (+24 %) pour 630 entreprises (+6 %). L’étude note que les cessions industrielles retrouvent leur niveau historique après plusieurs semestres de baisse depuis le premier semestre 2023, que les cessions entre fonds restent stables malgré le recul des fonds de continuation, et que les comptabilisations en pertes sont en hausse sur l’ensemble des segments ; la durée moyenne de détention des entreprises cédées définitivement ressort à 7,0 ans au premier semestre 2026, contre 6,7 ans en 2025 et 6,1 ans en 2022 (moyenne de 6,6 ans sur 2022-premier semestre 2026, pour 2 543 entreprises cédées) : 7,1 ans pour le capital-développement et le capital-transmission, stable depuis 2024 (7,2 ans), mais monte plus nettement pour le venture et le growth, à 6,9 ans contre 6,2 ans en 2025 et 5,4 ans en 2022. Cette série est publiée pour la première fois dans cette édition ; à titre de référence, l’étude de France Invest sur la création de valeur (décembre 2025, données à fin 2024) mesure une durée moyenne de détention d’environ 5,1 ans sur 232 opérations de sortie totale de 2019 à 2024 (entreprises françaises acquises par capital-transmission, de 20 à 500 millions d’euros de chiffre d’affaires à la sortie), et de 5,4 ans pour les sorties de 2024, mais sur un échantillon et avec une méthode différents, de sorte que ces chiffres ne sont pas comparables à ceux de l’étude d’activité. Précision de méthode : comme dans la série de l’étude depuis 2010, les montants de cessions sont mesurés au coût historique d’acquisition et non au prix de sortie ; ils ne sont donc pas comparables aux valeurs de sortie publiées par d’autres sources, comme PitchBook (valeur des sorties du private equity américain, section 3) ou Bain & Company (valeur des sorties de buyouts dans le monde : 717 milliards de dollars en 2025). Pour l’ensemble des activités suivies par France Invest, fonds d’infrastructure compris, les levées atteignent 16,8 milliards d’euros (–7 % par rapport au premier semestre 2025) et les investissements 14,4 milliards (–8 %).

Sources : France Invest × Grant Thornton, « Activité des acteurs du capital-investissement français — 1er semestre 2026 », 42e édition (octobre 2026 ; étude réservée aux adhérents de France Invest) ; France Invest, « Création de valeur dans les PME et ETI françaises » (décembre 2025) ; J’aime les startups, d’après France Invest (13 octobre 2026) ; Bain & Company, Global Private Equity Report 2026.

📖 Pour aller plus loin : 29. Qu’est-ce qu’un fonds de continuation et pourquoi rencontre-t-il un tel succès ?

2. Partners Group : quand les difficultés du gérant confirment que la « liquidité périodique » des fonds evergreen est une promesse plafonnée, non une garantie de sortie

Le 15 octobre 2026, Bloomberg (relayé le lendemain par Private Equity Wire et finews) a révélé que Partners Group — gestionnaire suisse de private markets coté à la Bourse suisse SIX, qui supervise environ 186 milliards de dollars d’actifs, dont 85,8 milliards de dollars de private equity (environ 46 % de ses 184,9 milliards d’actifs sous gestion au 31 décembre 2025) — avait supprimé ou réaffecté des dizaines de postes au sein de sa division de private equity, forte de plus de 200 personnes et dirigée par Wolf-Henning Scheider : certains collaborateurs ont quitté le groupe, d’autres ont rejoint les activités d’infrastructure et de royalties (redevances : part du chiffre d’affaires brut d’un actif, par exemple un droit de propriété intellectuelle (droits d’auteur, brevets, licences), un médicament ou une production de gaz naturel, exploité par un tiers qui en supporte les coûts d’exploitation), à l’issue d’une revue de performance. Le groupe répond que la taille de l’équipe « reste dans la moyenne de long terme » ; mais le contexte est celui d’un titre en recul d’environ 40 % depuis le début de l’année, du vendeur à découvert Grizzly Research (« Grizzly Reports » dans le communiqué du groupe), dont le rapport du 29 avril 2026 conteste la valorisation de certains actifs — ce que Partners Group a qualifié de diffamatoire et réfuté, le 30 avril, plusieurs de ses allégations (actifs cités, part des evergreen dans les revenus, exposition aux logiciels) —, et de portefeuilles anciens qui auraient fait moins bien que ceux de plusieurs concurrents.

Il signale surtout une hausse nette des demandes de rachat de parts (redemptions) sur les produits evergreen, c’est-à-dire des fonds ouverts aux fortunes privées dont les porteurs peuvent, en principe, sortir à intervalles réguliers. Le groupe avait annoncé le 2 octobre qu’il scinderait son fonds Global Value SICAV (son fonds evergreen de private equity pour la clientèle privée, société d’investissement à capital variable de droit luxembourgeois qui détient des actifs non cotés mais accepte des rachats périodiques ; valeur liquidative d’environ 7,4 milliards de dollars, soit 6,6 milliards d’euros) en deux sous-portefeuilles gérés par la même équipe : l’un destiné à faire fructifier le capital dans la durée, l’autre à distribuer le produit des cessions au fur et à mesure qu’elles interviennent. Bloomberg les décrit comme un portefeuille d’actifs anciens et un portefeuille d’actifs récents, dont le groupe attend de meilleurs rendements ; l’idée est de permettre aux investisseurs qui veulent récupérer leur argent de sortir, tandis que ceux qui restent sur le long terme conservent une exposition aux actifs récents. Il précise enfin, d’après Private Equity Wire, que le groupe a ramené à zéro sa participation dans Pharmathen (une ligne de 20 millions d’euros dans Partners Group Private Equity, fonds coté à Londres, dépréciée en juin 2026 après une alerte d’importation de l’agence américaine FDA, d’après QuotedData), discute de la remise du contrôle de Schleich à ses créanciers (le rachat de 2019 avait été financé par un prêt à terme de 175 millions d’euros et un crédit renouvelable de 40 millions, tous deux arrivant à échéance en 2026, d’après PE Insights ; le prix d’acquisition et la mise de fonds de Partners Group ne sont pas publics) et a envisagé d’apporter 200 millions d’euros à Emeria, qui porte environ 3,5 milliards d’euros de dette (Private Equity Wire, 10 juin 2026).

Ces demandes ne datent pas d’octobre. Le 3 juin 2026, Partners Group avait fixé pour les sorties du même fonds un plafond trimestriel de 5 % de la valeur liquidative, les demandes ayant atteint environ 9,8 % au deuxième trimestre et seules 62 % d’entre elles ayant été satisfaites en mai (fonds d’environ 8,6 milliards de dollars à cette date, contre environ 7,4 milliards de valeur liquidative début octobre ; les sources consultées n’expliquent pas l’écart). Le 16 juillet, le groupe chiffrait les entrées nettes de ses evergreen sur le premier semestre à 4,2 milliards de dollars, presque annulées par 3,8 milliards de rachats, et estimait que cette plateforme pouvait ralentir de 1 à 2 % la croissance de ses actifs sous gestion en 2026 et 2027.

La leçon pour les LPs et les conseils est que la « liquidité périodique » d’un evergreen n’est pas une garantie de sortie mais une promesse encadrée par un plafond (ici 5 % de la valeur liquidative par trimestre), et que ce plafond, loin d’être un accident, est, selon les mots du gérant, « une caractéristique indispensable » de la classe d’actifs pour protéger les investisseurs restants ; ce qu’il révèle, en revanche, c’est la difficulté d’accélérer la vente des actifs non cotés quand les demandes de sortie dépassent ce que le fonds peut rembourser.

Sources : Yahoo Finance / Benzinga, d’après Bloomberg (15 octobre 2026) ; finews (16 octobre 2026) ; QuotedData (12 juin 2026) ; PE Insights, Schleich ; Private Equity Wire, Emeria (10 juin 2026) ; Partners Group, questions-réponses sur les royalties (septembre 2025) ; finews, stratégie royalties de Partners Group (premier semestre 2026) ; Swissinfo, d’après Bloomberg (16 octobre 2026) ; Private Equity Wire (16 octobre 2026) ; contexte : Benzinga (2 octobre 2026) ; Bloomberg Tax (29 avril 2026) ; Partners Group, communiqué (30 avril 2026) ; Partners Group, résultats 2025 (actifs au 31 décembre 2025) ; Hargreaves Lansdown (3 juin 2026) ; Swissinfo (16 juillet 2026).

📖 Pour aller plus loin : 12. Le Private Equity s’ouvre (vraiment) aux particuliers

3. Private equity américain au troisième trimestre : une activité en recul d’environ 14 % et un marché qui se resserre autour de quelques gérants

Le 12 octobre 2026, Fortune (Allie Garfinkle) a repris les chiffres du troisième trimestre de PitchBook pour le private equity américain : sur un an (Fortune ne précise pas la période de comparaison, ici le troisième trimestre 2025), la valeur des sorties recule de 14,1 % et celle des transactions de 13,6 %. Le capital-investissement américain gère plus de 3 000 milliards de dollars d’actifs (chiffre cité par Fortune sans source), mais la croissance de ces actifs a ralenti à environ la moitié du rythme annuel de 12 % observé sur les dix à quinze dernières années. L’analyste de PitchBook cité par Fortune, Kyle Walters, qualifie la situation de « nouvelle normale », note que la levée de fonds est « devenue nettement plus difficile ces 18 à 24 derniers mois » et que « moins de gérants franchissent la ligne d’arrivée » : ceux-ci se disputent donc une part plus petite du capital disponible. Fortune rapporte aussi que KKR a atteint son objectif de 300 milliards de dollars de levées, en 30 mois contre trois ans visés initialement — exemple type de la concentration que décrit l’analyste — et que, selon PitchBook, une hausse de taux pourrait conduire le quatrième trimestre à ressembler au troisième, tout en restant au-dessous des niveaux de 2025 et au-dessus des points bas de 2022-2023.

Ces chiffres s’inscrivent dans une série que la revue suit depuis plusieurs semaines : au deuxième trimestre, PitchBook mesurait une valeur de transactions américaines de 177,3 milliards de dollars, la plus faible depuis fin 2020, et une levée de 159,6 milliards sur le seul premier semestre, à comparer aux 184,4 milliards de toute l’année 2025 (PitchBook, via AsiaAsset, 13 juillet 2026). La concentration du capital entre les gérants les plus établis, que la semaine 41 documentait pour l’Europe (88,5 % des fonds levés captés par des gérants à partir de leur quatrième fonds), se retrouve donc aux États-Unis. Précision de méthode : il s’agit d’une donnée propriétaire de PitchBook, relayée par Fortune, et nous n’avons pas trouvé à ce stade de source indépendante qui la corrobore à l’identique ; un contrepoint existe cependant dans la mesure — de périmètre mondial, non américain — du cabinet Ropes & Gray (Dealmakers Digest, octobre 2026, d’après les transactions annoncées recensées par Mergermarket au 5 octobre), qui chiffre la valeur des transactions des acquéreurs financiers (sponsors) du troisième trimestre 2026 à –3 % par rapport au troisième trimestre 2025 et à +26 % par rapport au deuxième trimestre 2026, mais à –59 % pour le seul mois de septembre 2026 par rapport à septembre 2025 : le trimestre est donc porté par juillet et août, et septembre, à environ 90 milliards de dollars, est le point le plus bas des douze derniers mois (Ropes & Gray le qualifie de plus bas de la fenêtre de treize mois qu’il couvre, ce qui inclut les douze derniers). Le Dealmakers Digest ne fournit pas de chiffre sur douze mois glissants, indicateur qui serait pourtant le plus parlant.

Sources : Fortune, d’après PitchBook (12 octobre 2026) ; AsiaAsset, d’après PitchBook (13 juillet 2026) ; Ropes & Gray, Dealmakers Digest (octobre 2026).

📖 Pour aller plus loin : 11. Les fonds de pension et les Universités, piliers du financement du PE

4. Durabilité dans les marchés privés : une valeur estimée à 5–7 % d’EBITDA par les gérants eux-mêmes, et une gouvernance de l’IA encore balbutiante

L’étude « Sustainability in Private Markets » publiée en octobre 2026 par Boston Consulting Group (BCG) à partir des données de l’ESG Data Convergence Initiative (EDCI, initiative de référentiel commun de données ESG des gérants de private equity) mesure l’avancement des sociétés en portefeuille. Sur un échantillon constant de 5 490 sociétés suivies en 2024 et 2025, la part de celles disposant d’une stratégie de décarbonation passe de 27 % à 34 %, celle ayant un objectif de réduction à court terme de 25 % à 33 %, et celle dont la trajectoire de long terme est alignée sur la neutralité carbone de 12 % à 15 %. Sur les seules sociétés de buyout, l’intensité des émissions (les émissions rapportées à une mesure d’activité) liées à l’énergie achetée (scope 2) baisse de 10,1 % en médiane entre 2024 et 2025, contre 1,8 % pour les sociétés cotées ; pour les émissions directes (scope 1), la baisse est de 4,1 % contre 0,9 %. Les données des sociétés cotées proviennent de la base LSEG.

Le chiffre le plus commenté est aussi le plus fragile : les gérants interrogés estiment que les initiatives de durabilité augmentent l’EBITDA des sociétés en portefeuille de 5 % à 7 % en moyenne sur la durée de détention. Il s’agit d’une estimation déclarative des gérants (enquête annuelle de l’EDCI, 220 répondants, données au 22 avril 2026), non d’une mesure auditée ; l’étude l’étaye par des exemples isolés (un fabricant ayant dégagé environ 60 millions de dollars d’économies d’EBITDA annuelles) plus que par une démonstration causale. Le second enseignement concerne l’IA et la cybersécurité : 50 % des gérants évaluent les risques liés à l’IA dans leurs sociétés (30 % prévoient de le faire) et 46 % leur fournissent un cadre de gestion ; les sociétés dont le gérant suit activement ces risques affichent une croissance du chiffre d’affaires supérieure de 6 points — corrélation, non causalité, l’étude le laisse entendre sans le dire expressément. Côté cyber, 26 % seulement des sociétés réalisent les trois types de tests critiques (scans de vulnérabilité, tests d’intrusion, tests du cycle de développement logiciel), 50 % des scans et 48 % des tests d’intrusion, et 39 % n’ont rien déclaré.

Sources : BCG, « Sustainability in Private Markets: As Progress Continues, AI Poses New Risks and Opportunities » (octobre 2026 ; données EDCI private company benchmark, septembre 2026, et enquête annuelle des membres EDCI, avril 2026).

Gilles Mougenot — fondateur d’Argos, Senior Advisor chez Argos Fund, ancien Président de France Invest, auteur de Tout savoir sur le Capital Investissement.

Être prévenu des prochaines analyses

Un message court à chaque nouvelle analyse : le titre, l’essentiel, le lien pour la lire. Ni newsletter, ni texte intégral.

PE ResearchLa revue de presse Private Equity, chaque lundi

Recevez par e-mail l’édition hebdomadaire de PE Research — l’essentiel du Private Equity, sans le bruit.

Gilles Mougenot — founder of Argos, Senior Advisor at Argos Fund, former Chairman of France Invest, author of Tout savoir sur le Capital Investissement.

The Private Equity press review, every Monday

Get PE Research’s weekly edition by e-mail — the essentials, without the noise.

À lire aussi

Read next