Revue de presse Private Equity — Semaine 33 (10-16 août 2026)

1. Records pour les fonds de pension, panne pour leur Private Equity

La semaine dernière, CalSTRS — le fonds de pension des enseignants de Californie — publiait un rendement annuel de +13,9 %, mais son portefeuille de Private Equity, à +7,5 %, était sa classe d’actifs la moins performante hors obligataire. Cette semaine, les publications semestrielles des autres grands fonds de pension ont confirmé la tendance, avec des chiffres parfois plus rudes.

Chez CDPQ, la Caisse de dépôt et placement du Québec (Canada, 552 Md CAD), le Private Equity ressort à −4,3 % sur six mois, quand l’indice de comparaison que la caisse se fixe pour juger cette poche progresse de +8,0 % (13 août) : plus de douze points d’écart avec la performance attendue, que la caisse attribue à des pressions de valorisation dans la technologie, l’assurance et les services financiers exposés à l’IA. Chez OMERS, le fonds de pension des employés municipaux de l’Ontario (Canada, 151,6 Md CAD, 11 août), la poche Private Equity fait +1,1 %, contre +12,2 % pour les actions cotées du fonds.

Le contraste est d’autant plus net que, la même semaine, les rendements globaux de ces institutions — toutes classes d’actifs confondues, et non la seule poche Private Equity — étaient records : +9,4 % au semestre pour NBIM, le fonds souverain norvégien (12 août), +9,5 % pour Ontario Teachers’, la caisse des enseignants de l’Ontario (Canada, 10 août), meilleur trimestre en plus de dix ans pour CPP Investments, le régime de pensions fédéral canadien (14 août) — des records portés par les actions cotées et la thématique IA, pas par le non-coté. Le cas norvégien mérite une phrase de plus : NBIM est précisément le grand investisseur qui n’a pas le droit d’investir en Private Equity — le ministère des Finances norvégien lui a encore refusé l’autorisation « pour l’instant ».

Sources : NBIM (12 août), Ontario Teachers’ (10 août), CDPQ (13 août), CPP Investments (14 août), OMERS (11 août 2026).

📖 Pour aller plus loin : 25. Private Equity 2026 : reprise du marché ou changement de régime ?

2. NVIDIA enrôle les grandes plateformes : 500 Md$ pour financer le calcul

L’annonce structurante de la semaine ne vient pas d’un fonds, mais d’un fournisseur de puces.

Le 10 août, NVIDIA annonce la création, avec Apollo, BlackRock, Blackstone, Brookfield, Goldman Sachs et KKR, de plateformes de financement d’infrastructures de calcul destinées à mobiliser plus de 500 Md$ de capitaux tiers — des protocoles d’accord, les accords définitifs restant à signer. Est-ce du Private Equity ? Au sens strict, non : ce ne sont pas les poches de buyout qui sont mobilisées, mais les pôles de crédit et d’infrastructures de ces gérants — le communiqué évoque un « revenu de longue durée lié à l’usage », la grammaire de la dette d’infrastructure — pour financer les achats de calcul des clients de NVIDIA ; NVIDIA, elle, n’engage pas de capital et organise le financement de sa propre demande. Si le dossier concerne cette revue, c’est par ses acteurs : trois des six partenaires sont des maisons nées du buyout — KKR, l’inventeur du LBO (1976), Blackstone, fondée en 1985, et Apollo, née en 1990 — devenues plateformes de financement généralistes ; BlackRock (gestion obligataire à l’origine), Goldman Sachs (banque) et Brookfield (actifs réels) viennent d’autres mondes. C’est sur ce terrain, plus que sur le buyout, que se joue désormais la croissance des premières. Jim Zelter (Apollo) y voit l’émergence du calcul comme « classe d’actifs rare et critique » ; Jensen Huang résume : « dans l’IA, le calcul, c’est du revenu ». Le 14 août, CPP Investments confirme un engagement de 1,75 Md$ dans la stratégie d’infrastructures IA d’EQT. Et selon Reuters (13 août), Vantage Data Centers — détenu, en capital cette fois, par les fonds de DigitalBridge et de Silver Lake — étudie une introduction en bourse autour de 100 Md$ de valorisation, ou une cession : là, il s’agit bien de Private Equity, et ce serait le premier test de sortie à trois chiffres sur la thématique data centers.

Sources : NVIDIA (10 août), Reuters / BNN Bloomberg (13 août 2026).

📖 Pour aller plus loin : 2. Les grandes tendances du Private Equity

3. La diminution des multiples boursiers, aubaine des méga-buyouts

Pendant que la Bourse réduit les multiples des valeurs technologiques au nom de l’IA — ce que les marchés appellent le « de-rating » : une baisse du multiple de valorisation sans dégradation des résultats —, le buyout tech passe à l’achat, à des primes qui disent tout de l’écart entre prix public et valeur transactionnelle.

Le 13 août, Thoma Bravo annonce le rachat d’Accelerant — place de marché d’assurance spécialisée, plateforme technologique plus qu’assureur, et c’est bien ainsi que la traite le spécialiste du logiciel qu’est Thoma Bravo — pour plus de 4 Md$ en numéraire — 49 % de prime sur le dernier cours, pour une société introduite en bourse en juillet 2025 seulement : un « de-IPO » en treize mois, avec réinvestissement du sponsor historique Altamont. Le même jour, Reuters puis Bloomberg révèlent des discussions entre Silver Lake et Workday pour un retrait de la cote qui dépasserait 50 Md$ — l’action a bondi de 25 % avant suspension. Rien n’est signé, mais après Electronic Arts (55 Md$), la barre des méga-LBO logiciels s’est déplacée durablement au-dessus de 50 Md$. PitchBook (13 août) résume la thèse des acquéreurs : la correction infligée au SaaS au nom de l’IA est excessive — Workday, c’est environ 3 Md$ de flux de trésorerie disponibles annuels et 27,3 Md$ de commandes.

Sur le dossier easyJet, l’offre d’Apollo suit son cours réglementaire (documents d’offre mis à disposition le 9 août) ; la presse londonienne détaille des conditions de réinvestissement strictes pour les minoritaires — dividende préférentiel réservé à Apollo, clauses de transfert forcé — qui montrent la mécanique réelle d’un take-private sous contrainte de propriété européenne.

Sources : communiqué Accelerant / Thoma Bravo (13 août), Bloomberg (13 août), PitchBook (13 août), easyJet (9 août 2026).

📖 Pour aller plus loin : 3. Les évolutions du Private Equity

4. Secondaires — Les maisons de buyout s’invitent à la table

Le marché secondaire, déjà record, change de visage : les gérants de buyout y entrent en concurrents directs des maisons spécialisées, comme Ardian, Lexington Partners ou Coller Capital.

PitchBook (13 août) documente le basculement, chiffres à l’appui. Sur les 121 Md$ de transactions conclues sur le marché secondaire au premier semestre 2026 — des parts de fonds et des portefeuilles qui changent de mains —, les opérations menées par les GPs représentent environ 65 Md$ — soit 54 % du marché — et les fonds de continuation mono-actif atteignent à eux seuls 34 Md$, en hausse de 88 % sur un an. Les maisons de buyout se dotent de véhicules dédiés : Leonard Green a bouclé en janvier son premier fonds de la catégorie, Sage Equity Investors, à 3,6 Md$ — plus du double de l’objectif initial — et Warburg Pincus aligne quelque 300 professionnels d’investissement qui ont déjà évalué près d’un millier d’actifs pour sa stratégie de « partnership solutions ».

L’argument de vente des nouveaux entrants tient en deux mots : vitesse et connaissance des actifs. Vishnu Menon (Warburg Pincus) revendique des diligences bouclées en « deux à trois semaines, contre deux à trois trimestres pour la moyenne du marché ». La semaine en a donné deux illustrations : le fonds de continuation de 750 M€ d’Exponent sur H&MV Engineering, valorisé 1,4 Md€ — un multiple de 12x, porté par la demande de data centers — co-mené par Apollo S3, Pantheon et SQ Capital (Secondaries Investor, 11 août) ; et la prise de participation d’environ 25 % de Blue Owl dans le spécialiste des secondaires Hollyport (Secondaries Investor, 11 août). Côté LPs, le coréen NPS a ajouté 1 Md$ à son exposition secondaires, portée à environ 3,7 Md$ (13 août).

Sources : PitchBook (13 août), Secondaries Investor (10-13 août 2026).

📖 Pour aller plus loin : 29. Qu’est-ce qu’un fonds de continuation, et pourquoi rencontre-t-il un tel succès ?

5. Europe — Bruxelles investit, Londres se vide

Semaine d’août oblige, l’Europe a peu publié — mais ce qui est sorti dessine deux lignes de force : l’argent public européen entre au capital des scale-ups, et la cote de Londres se vide.

Le Scaleup Europe Fund a signé son deuxième investissement, dans la suédoise Lovable, valorisée 13,3 Md$ — le double de décembre (Private Equity Wire, 13 août). L’origine de ce véhicule mérite le détour. Le constat, d’abord, celui-là même du rapport Draghi sur la compétitivité : les scale-ups européennes ne trouvent pas chez elles le capital de croissance nécessaire, et partent le chercher — ou s’installer — aux États-Unis. D’où l’initiative, annoncée par Ursula von der Leyen lors du discours sur l’état de l’Union de septembre 2025 pour garder en Europe ses futurs champions technologiques : un fonds de la Commission européenne, porté par le conseil du fonds de l’European Innovation Council (EIC), qui associe 1 Md€ d’argent public au premier closing à des investisseurs privés « fondateurs » — Allianz, APG, CriteriaCaixa, Intesa Sanpaolo, Novo Holdings notamment — pour une cible de 5 Md€, extensible à 25 Md€. Sa gestion a été confiée à EQT, qui engage aussi son propre capital, à l’issue d’un appel d’offres ouvert remporté face à Eurazeo, Atomico, Northzone et Vitruvian (TechCrunch, 11 août) ; déclaré pleinement opérationnel début août, le fonds a signé ses deux premiers investissements en dix jours — la finlandaise ICEYE, puis Lovable. Au Royaume-Uni ensuite, PitchBook (13 août) mesure un fundraising en route vers son plus bas niveau en dix ans — 11,7 Md£ levés au S1 sur quinze fonds — et relève (10 août) que les sociétés sous LBO ne reviennent plus à la cote de Londres : huit IPO en cinq ans, aucune en 2025, quand les take-privates représentent environ 20 % de la valeur des sorties britanniques du semestre.

Sources : Private Equity Wire (13 août), Commission européenne et TechCrunch (11 août), PitchBook (10 et 13 août 2026).

📖 Pour aller plus loin : 28. Transaction Value 2025 : ce que révèle vraiment le nouveau rapport Invest Europe

6. Le Japon, place forte du Private Equity

En Asie-Pacifique (ASPAC), la semaine a mis le Japon en évidence — et une illustration rare de ce que la réforme de la gouvernance y a changé.

La bataille pour Kakaku.com s’intensifie : le consortium EQT–Digital Garage a relevé son offre à 3 570 yens par action (environ 4,6 Md$ de capitalisation), contre le tandem Bain Capital–LY Corp (Private Equity Wire, 14 août) — une guerre d’enchères publique rare au Japon, que la réforme de la gouvernance a rendue possible : depuis les lignes directrices du METI de 2023, les conseils d’administration sont tenus d’examiner sérieusement toute offre crédible au lieu de l’écarter, et la Bourse de Tokyo presse les sociétés décotées d’améliorer leur rendement du capital — deux leviers qui ont ouvert aux fonds le marché du contrôle des sociétés cotées japonaises. Et cette ouverture se mesure, avec des chiffres portant spécifiquement sur le Private Equity : selon le rapport annuel de Bain consacré au Private Equity japonais (juin 2026), les opérations de Private Equity ont atteint 4 800 milliards de yens en 2025 — environ 30 Md$, cinquième année consécutive au-dessus de 3 000 milliards —, les take-privates pèsent environ la moitié de cette valeur avec des primes de 60 à 80 %, et les fonds de Private Equity japonais rapportent mieux que leurs homologues américains : multiple médian de 2,5x et TRI médian de 31 %, contre 2,1x et 22 % aux États-Unis.

Sources : Private Equity Wire (14 août 2026), Bain (juin 2026).

📖 Pour aller plus loin : 5.1. Private Equity : quelle est la position de l’Europe — le déclassement de la Chine

7. Regard critique — La SEC sur les valorisations, un règlement fédéral pour les bailleurs

Deux dossiers américains, un même fil : la valeur déclarée des actifs privés et l’argent public.

Private Funds CFO (13 août) rapporte que la SEC a fait des valorisations des fonds privés une priorité de contrôle — et les fonds de Private Equity sont bien concernés, au premier chef même. La catégorie réglementaire américaine des « private funds » englobe aussi le crédit privé, l’immobilier et les hedge funds, mais c’est sur les portefeuilles illiquides du Private Equity, valorisés sur les hypothèses du gérant, que la question se pose avec le plus d’acuité : ses inspecteurs arrivent désormais en sachant ce qu’ils cherchent — ils citent nommément, dès la première demande de documents, les fonds dont ils veulent examiner les valorisations — et la division des poursuites (Enforcement) a commencé à ouvrir des dossiers sur cette base. Le contexte donne son relief à cette offensive : la même SEC créait le 5 août une unité dédiée à la fraude comptable au sein de son Enforcement, pendant que l’administration pousse l’ouverture de l’épargne retraite des particuliers — les plans 401(k) — aux actifs privés. Plus l’argent du grand public entre au non-coté, plus la valeur déclarée des fonds devient une question d’intérêt public.

Et The American Prospect (14 août) documente un projet de règlement fédéral destiné aux bailleurs affectés par les moratoires COVID — estimé initialement à 1,5 Md$ pour environ 1 500 propriétaires, avec désormais plus de 2 000 plaignants — dont les premiers bénéficiaires seraient de grands bailleurs adossés à des fonds : Starwood, Dominium, Morgan Properties, Apollo. Le lien avec le Private Equity est structurel : depuis la crise de 2008, les fonds sont devenus des bailleurs de tout premier plan aux États-Unis, et une indemnisation proportionnelle aux loyers perdus pendant les moratoires bénéficie mécaniquement d’abord aux plus gros portefeuilles — les leurs.

Sources : Private Funds CFO / Secondaries Investor (13 août), The American Prospect (14 août 2026).

📖 Pour aller plus loin : 8. Le Private Equity américain sous le feu des critiques

8. Les chéquiers du Private Equity passent à droite

Un basculement politique documenté cette semaine outre-Atlantique.

Selon le Wall Street Journal, les dépenses politiques du secteur favorisent nettement les républicains et les causes conservatrices pour les élections de mi-mandat de 2026 — inversant près d’une décennie où l’argent de l’industrie penchait côté démocrate. Le mouvement s’inscrit dans une tendance plus large : d’après Fortune (27 juillet 2026), près de 80 cents de chaque dollar versé par les milliardaires américains pour ces mi-mandats vont aux républicains. Les enjeux du secteur à Washington ne manquent pas : l’ouverture des plans 401(k) aux actifs privés engagée par l’administration, la fiscalité du carried interest — régulièrement menacée, régulièrement épargnée —, et la pression antitrust naissante sur les roll-ups, y compris dans le camp républicain, comme l’a montré la résolution bipartisane Warren-Banks. L’industrie qui arrosait les deux rives choisit sa berge ; il restera à mesurer ce que cela lui rapporte.

Sources : The Wall Street Journal (cette semaine), Fortune (27 juillet 2026).

📖 Pour aller plus loin : 8. Le Private Equity américain sous le feu des critiques

Références de la semaine

NBIM — Record high krone return in the first half of the year (12 août)
Ontario Teachers’ — 9.5% total-fund net return in first half of 2026 (10 août)
CDPQ / La Caisse — Mid-year 2026 return of 5.1% (13 août)
CPP Investments — Net Assets Total $863.6 Billion (14 août)
OMERS — $6.9 billion in the first six months of 2026 (11 août)
NVIDIA — AI compute infrastructure financing platforms, $500B+ (10 août)
Reuters / BNN Bloomberg — Vantage Data Centers explores IPO at $100B valuation (13 août)
Accelerant / Thoma Bravo — Definitive agreement, >$4B (13 août)
Bloomberg — Workday jumps after Reuters reports Silver Lake talks (13 août)
PitchBook — Private equity calls the AI de-rating overdone (13 août)
easyJet — Offer from Apollo, documents d’offre (9 août)
PitchBook — Buyout shops are bringing something new to secondaries (13 août)
Secondaries Investor — Exponent’s €750m CV (11 août)
Secondaries Investor — Hollyport stake sale to Blue Owl (11 août)
Secondaries Investor — Korea’s NPS adds $1bn of secondaries exposure (13 août)
Private Equity Wire — EQT-managed EU fund invests in Lovable at $13.3bn (13 août)
PitchBook — Growth strategies grab a bigger slice of shrinking UK PE fundraising (13 août)
PitchBook — PE-backed UK companies shirk IPOs while delistings mount (10 août)
Commission européenne / EIC — EQT selected to lead the €5 Billion Scaleup Europe Fund
TechCrunch — What’s Scaleup Europe, the fund that just backed ICEYE? (11 août)
Private Equity Wire — EQT raises Kakaku.com bid to ¥3,570 (14 août)
Bain — Japan Private Equity Report 2026 (juin 2026)
Private Funds CFO / Secondaries Investor — SEC zeroes in on private funds valuations (13 août)
The American Prospect — Landlord bailout would funnel billions to private equity (14 août)
The Wall Street Journal — Private Equity’s Political Spending Flips Toward Republicans (cette semaine)
Fortune — Billionaires are flooding the midterms with cash (27 juillet)

Gilles Mougenot — fondateur d’Argos, Senior Advisor chez Argos Fund, ancien Président de France Invest, auteur de Tout savoir sur le Capital Investissement.

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Gilles Mougenot — founder of Argos, Senior Advisor at Argos Fund, former Chairman of France Invest, author of Tout savoir sur le Capital Investissement.

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