Semaine 43 · 19–25 octobre 2026
Liquidité : le private equity invente de nouvelles voies de sortie
L’essentiel de la semaine
Trois actualités convergent : les banques d’affaires explorent des fonds de continuation à horizon allongé ; des gérants vendent des participations minoritaires dans des actifs détenus depuis plusieurs années ; et Blackstone publie des revenus de réalisations en recul sur un an. Ces évolutions ne prouvent pas à elles seules une crise du capital-investissement. Elles montrent que la valorisation des portefeuilles et leur conversion en liquidités sont deux réalités différentes. En parallèle, l’encadrement des investissements dans la santé progresse en France et dans plusieurs États américains.
Repères vérifiés dans les rapports transmis. Le marché mondial des secondaires a atteint 121 Md$ au premier semestre 2026 (Evercore, repris par Pantheon), dont 53,7 % de transactions GP-led. La valeur non réalisée des fonds buyout et growth était d’environ 4 759 Md$ à fin septembre 2025 (Preqin, repris par Pantheon). Aux États-Unis, 12,6 Md$ ont été levés par des fonds de continuation au premier semestre 2026, soit +126,2 % sur un an (Capstone). Ces mesures portent sur des univers distincts et ne doivent pas être additionnées.
1 | Fonds de continuation : vers des horizons de détention de quinze ans ?
Goldman Sachs et Evercore sondent le marché sur des structures de longue durée, tandis que les secondaires atteignent un nouveau record.
Selon Bloomberg (19 octobre), repris par Private Equity Wire (20 octobre), Goldman Sachs et Evercore discutent avec des gérants et des investisseurs institutionnels de véhicules de continuation permettant de conserver certaines participations dix à quinze ans. Jefferies, Raymond James et Lazard examineraient également des solutions apparentées. Il s’agit de projets et de discussions de marché, non d’une nouvelle norme déjà adoptée. L’appellation « evergreen » doit être employée avec prudence : une durée fixe de quinze ans n’est pas, en soi, une structure perpétuelle.
Ces montages pourraient associer réserves de capital pour financer la croissance, nouveaux investisseurs et mécanismes de liquidité partielle. Leur attrait est évident pour un gérant qui juge prématurée la vente d’un actif ; leur difficulté l’est tout autant pour les LP, qui doivent pouvoir apprécier la valorisation de transfert, leurs possibilités de sortie, les frais et la cristallisation éventuelle du carried interest.
Le contexte chiffré. Selon Evercore, cité dans le rapport Pantheon d’octobre, le volume mondial des secondaires a atteint 121 Md$ au S1 2026, contre 102 Md$ au S1 2025. Les transactions GP-led représentaient 53,7 % du volume du premier semestre 2026 ; cette catégorie est plus large que les seuls fonds de continuation. Pantheon indique également que les opérations GP-led représentent désormais environ 15 % des sorties de private equity, contre 8 % en 2021 : cette proportion repose sur des calculs citant Jefferies et Dealogic, et ne doit pas être assimilée à la part des GP-led dans le marché secondaire.
Capstone apporte un éclairage américain complémentaire : les fonds de continuation ont levé 12,6 Md$ au S1 2026, soit +126,2 % sur un an, pour une taille moyenne de 1,3 Md$. Avec les levées de fonds successeurs intervenant après une longue interruption, ils expliquent 88,5 % de la hausse de la collecte observée par Capstone, et non 88,5 % de la collecte totale.
Ce que cela change. Le fonds de continuation n’est plus seulement une réponse conjoncturelle à l’absence de sorties. Il peut devenir un instrument régulier de gestion de la durée de détention. La question décisive est celle de l’alignement : à quel prix l’actif est-il transféré, qui bénéficie de la prolongation et à quelles conditions le LP obtient-il des liquidités ?
Sources : Bloomberg, 19 octobre 2026 (information reprise, accès intégral non contrôlé) ; Private Equity Wire, 20 octobre ; Pantheon, State of the Market, octobre 2026, pp. 2, 3 et 6, citant Evercore, Jefferies et Dealogic ; Capstone Partners, Capital Markets Update, Q2 2026, p. 3 (rapport communiqué à la rédaction).
À approfondir : PE Research — Analyse 29 : fonds de continuation.
2 | Des ventes minoritaires pour créer de la liquidité sans céder le contrôle
L’allongement des détentions fait émerger les co-investissements à mi-vie.
Dans une analyse publiée le 19 octobre, PitchBook décrit la montée des mid-life co-investment deals : un gérant ouvre à des co-investisseurs une participation minoritaire dans une entreprise déjà détenue depuis plusieurs années. L’opération apporte une forme de liquidité ou de financement sans imposer une cession intégrale de l’entreprise.
PitchBook recense 14 803 sociétés européennes détenues par des fonds au troisième trimestre 2026, dont environ 11 % depuis plus de neuf ans. Son estimation selon laquelle il faudrait plus de huit ans pour résorber l’inventaire mondial au rythme actuel des sorties reste une projection dépendante de ses hypothèses, et non un délai prévisible pour chaque société.
L’article cite Schroders Capital : environ 30 % des investissements principaux réalisés par le fonds évoqué sur les trois à quatre dernières années auraient concerné des opérations à mi-vie, souvent conclues au coût historique ou à 1,1–1,2 fois ce coût. Cette comparaison ne constitue pas une mesure de décote par rapport à la juste valeur : elle ne renseigne pas, à elle seule, sur la performance économique de l’actif depuis l’acquisition.
Pour gérer les asymétries entre actionnaires historiques et entrants, les parties peuvent négocier des droits préférentiels ou des conditions encadrant le calendrier de sortie. Ces protections dépendent des contrats ; elles ne doivent pas être présentées comme des standards universels.
Un inventaire à interpréter avec précaution. Pantheon cite, d’après Bain & Company, environ 32 000 sociétés non cédées dans les portefeuilles de private equity à l’échelle mondiale. Capstone dénombre plus de 13 500 entreprises dans l’inventaire américain suivi au T2 2026 et une durée médiane de détention de 4,2 ans pour les LBO encore actifs de son échantillon. Les univers et les définitions diffèrent : ces chiffres ne s’additionnent pas et ne sont pas des estimations interchangeables.
Ce que cela change. Ces transactions créent un prix négocié et une liquidité partielle, mais ne remplacent pas nécessairement une sortie complète. Pour les LP, le point de vigilance est la transparence de la valorisation et des droits attachés aux différentes catégories d’actions.
Sources : PitchBook, Emily Lai, 19 octobre 2026 (certains détails cités restent tributaires de l’article journalistique) ; Pantheon, octobre 2026, p. 4, citant Bain & Company ; Capstone Partners, Capital Markets Update, Q2 2026, p. 3.
À approfondir : PE Research — Analyse 18 : la valeur temps dans le private equity.
3 | Blackstone : baisse des revenus de réalisations, collecte toujours soutenue
Les résultats du troisième trimestre distinguent la dynamique des actifs sous gestion de celle des revenus de sortie.
Blackstone a annoncé le 22 octobre des net realizations de 331,5 M$ au T3 2026, contre 504,8 M$ un an plus tôt, soit une baisse d’environ 34 %. Dans le seul segment private equity, l’indicateur atteint 194,1 M$, contre 380,1 M$, soit environ −49 %. Parallèlement, les actifs sous gestion atteignent 1 368,3 Md$ (+10 % sur un an), avec 63,3 Md$ d’entrées de capitaux au trimestre et environ 1,6 Md$ de fee-related earnings.
Précision comptable indispensable : les net realizations ne sont ni le montant des cessions ni les distributions aux LP. L’indicateur de Blackstone combine les revenus de performance réalisés, après rémunérations correspondantes, et les revenus réalisés sur ses investissements propres. Pour le groupe, le rapprochement est de 464,4 M$ − 185,5 M$ + 52,6 M$ = 331,5 M$. Les réalisations brutes du segment private equity, de 9,8 Md$ au trimestre, sont un autre indicateur et ne se comparent pas directement aux 194,1 M$.
Selon Private Equity Wire, reprenant Reuters, la direction anticipe une hausse significative des réalisations nettes au quatrième trimestre. Le recul de 41 % des fusions-acquisitions mondiales d’un trimestre à l’autre, attribué à LSEG dans cette couverture, constitue un contexte de marché ; il ne démontre pas la cause de l’évolution des revenus de Blackstone.
Ce que cela change. La croissance des encours et des commissions peut coexister avec une moindre monétisation des investissements sur une période donnée. Pour évaluer la liquidité réelle du private equity, il faut examiner séparément les cessions, les distributions aux LP et les revenus de performance des sociétés de gestion.
Sources : Blackstone, résultats T3 2026, Form 8-K, exhibit 99.1, 22 octobre ; Private Equity Wire, 23 octobre (reprenant Reuters et LSEG).
À approfondir : PE Research — Analyse 25 : reprise du marché ou changement de régime ?.
4 | Santé : la financiarisation sous surveillance en France et aux États-Unis
Rattrapage de la semaine précédente — deux cadres réglementaires, une même interrogation sur l’indépendance des professionnels.
Le 13 octobre, le gouvernement français a présenté un plan de dix mesures visant à encadrer l’influence des investisseurs financiers dans la santé. Les domaines concernés comprennent notamment la biologie médicale, l’imagerie, les pharmacies et d’autres activités de soins. Parmi les mesures annoncées figurent une doctrine d’interprétation du droit existant, un dispositif d’alerte pour les professionnels, une meilleure transparence des liens capitalistiques et un observatoire de la financiarisation.
Plusieurs mesures relèvent à ce stade d’annonces, d’études ou de projets de texte : elles ne doivent pas être décrites comme des obligations déjà entrées en vigueur. Les propositions fiscales ou relatives aux autorisations d’équipement doivent notamment être distinguées du droit positif. Le dossier Imapole, rapporté par la presse professionnelle, illustre l’attention portée aux règles d’indépendance médicale ; ses implications juridiques précises demandent la lecture de la décision avant toute généralisation.
Aux États-Unis, l’encadrement s’opère largement au niveau des États, avec des dispositifs hétérogènes de notification, de transparence et de contrôle des opérations. Stateline recense plusieurs initiatives législatives en 2025–2026. PitchBook signale de son côté une baisse des opérations de private equity dans la gestion de cabinets médicaux. Cette concomitance ne suffit pas à attribuer le recul des transactions à la réglementation : les conditions de financement, les valorisations et les difficultés de certaines plateformes peuvent également jouer.
Ce que cela change. Le risque réglementaire devient une variable centrale des stratégies de consolidation dans la santé. L’analyse d’un investissement doit intégrer, au-delà de la structure du capital, les droits de gouvernance, l’indépendance des praticiens et la diversité des règles locales.
Sources : Le Quotidien du médecin, 14 octobre 2026 ; MoneyVox, 13 octobre ; Le Moniteur des pharmacies, 13 octobre ; Stateline, 25 août 2026 ; PitchBook, 23 octobre 2026. Les chiffres détaillés de législation américaine et les dispositions précises du PLFSS nécessitent une vérification des textes avant republication.
À approfondir : PE Research — Analyse 8 : le private equity américain sous le feu des critiques.
Lecture PE Research | La liquidité, nouvelle ligne de partage
Les opérations GP-led et les ventes minoritaires répondent à une contrainte réelle : les gérants doivent parfois arbitrer entre prolonger la création de valeur et rendre du capital aux investisseurs. Mais une transaction secondaire ne crée pas mécaniquement de valeur économique ; elle modifie d’abord la propriété de l’actif, son financement et la répartition du risque et de la liquidité. L’enjeu pour les LP n’est donc pas seulement le volume des transactions, mais la qualité des prix, la gouvernance et le caractère effectif des distributions.
Méthode et transparence. Cette revue distingue les données primaires vérifiées dans les rapports Pantheon et Capstone transmis à la rédaction, les données de tiers qu’ils citent (Evercore, Preqin, Bain, Jefferies/Dealogic) et les informations rapportées par la presse. Les prévisions, projets de structures et mesures réglementaires annoncées sont présentés comme tels. Les rapports Pantheon (« Private and Confidential ») et Capstone (« Internal Use ») ne sont pas reproduits ; leur diffusion éventuelle doit respecter les droits et conditions applicables.



