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Revue de presse Private Equity — Semaine 31 (27 juillet-2 août 2026)

1. Signal de la semaine : les plateformes cotées vivent dans un autre monde que leurs détracteurs

KKR après Blackstone : des records en série. KKR a publié le 30 juillet des résultats de deuxième trimestre records, une semaine après ceux, également records, de Blackstone : la déconnexion entre la santé insolente des grandes plateformes et la morosité ambiante du non-coté devient le fait marquant de cette saison de résultats.

Les résultats d’ensemble. Au T2 2026, KKR affiche un résultat net ajusté de 1,49 Md$, en hausse de 40 % sur un an (1,63 $ par action, +38 %), et des bénéfices liés aux commissions (FRE) de 1,21 Md$ (+37 %). Les encours atteignent 796 Md$ (+16 % sur un an), avec 34,3 Md$ levés sur le trimestre et 24 Md$ déployés ; sur 12 mois glissants, la collecte atteint 133 Md$ — un record pour la maison — portée par l’infrastructure, dont les encours ont doublé à environ 120 Md$, et par la gamme patrimoniale K-Series (42 Md$ d’encours, +70 %). Lors du call commenté par Investing.com, Scott Nuttall a résumé l’humeur de la direction : « je ne me souviens pas d’une période où la perception extérieure ait été aussi déconnectée de ce que nous ressentons à l’intérieur de la firme ».

Le détail du segment private equity. Les encours PE s’établissent à 254,7 Md$, en hausse de 19 % sur un an (+10 % sur le trimestre) — soit à peine un tiers des encours du groupe : le métier historique de la firme de Kravis et Roberts n’est plus son moteur de croissance. Le segment a levé 9,6 Md$ au T2 (14,3 Md$ depuis le début de l’année), déployé 5,2 Md$ et dispose de 64,9 Md$ d’engagements non appelés — une dry powder considérable. La direction souligne des monétisations soutenues, en PE traditionnel comme en growth, qui alimentent le carried interest. Le point de friction est la performance : le portefeuille de private equity traditionnel ne s’apprécie que de 1 % sur le trimestre et de 9 % sur 12 mois glissants — loin des 14,4 % affichés par le PE « corporate » de Blackstone une semaine plus tôt. Rappel utile : ces performances reposent pour l’essentiel sur des valorisations non réalisées — des plus-values latentes, pas des cessions effectives.

Source : KKR, communiqué de résultats T2 2026, 30 juillet 2026

📖 Pour aller plus loin : Le Private Equity : une classe d’actif à maturité — l’analyse de fond publiée sur ce blog.

2. Marché mondial : le cap symbolique des 1 000 Md$ investis au premier semestre est franchi

Un cap franchi — mais le marché tourne toujours en dessous de son rythme de 2025. Selon les données publiées le 27 juillet par KPMG, le private equity mondial a investi 1 000 Md$ au S1 2026, à travers 9 294 opérations. Sur 12 mois glissants, l’investissement s’établit à 2 300 Md$ (20 105 opérations), en léger repli par rapport aux 2 400 Md$ et 21 060 opérations de la période précédente. La géographie reste très déséquilibrée : 579,2 Md$ investis sur les Amériques (dont 545,1 Md$ aux seuls États-Unis), 343,2 Md$ sur la zone EMA (Europe, Moyen-Orient, Afrique) et 67,9 Md$ sur l’ASPAC (Asie-Pacifique). Côté secteurs, les TMT (technologies, médias, télécommunications) dominent (354,7 Md$), devant l’industrie manufacturière (154 Md$) et l’énergie et les ressources naturelles (149,2 Md$), sur un rythme record — Gavin Geminder, responsable mondial du private equity chez KPMG, y voit l’effet conjugué de la réduction des dépendances énergétiques nationales et de la demande électrique de l’intelligence artificielle. Les sorties totalisent 570 Md$ sur le semestre (1 315 opérations), dont 112,7 Md$ par introduction en Bourse — un canal qui rouvre, sans être encore grand ouvert.

Source : KPMG, communiqué du 27 juillet 2026 — données S1 2026

3. EMEA et France : l’Europe se retrouve du bon côté du cycle

L’Europe, longtemps raillée pour son déficit de liquidité, inverse la tendance. Le rapport de mi-année de Moonfare (22 juillet, données PitchBook) documente une inversion transatlantique : la valeur des sorties européennes bondit de 59 % sur un an au S1 2026, avec 158 Md€ au seul T2, dont deux tiers concentrés sur 22 méga-sorties, quand la valeur des sorties américaines recule. Le nombre d’opérations progresse des deux côtés de l’Atlantique (+13 % en Europe, +11 % aux États-Unis), signe que le moteur tourne — c’est la taille des cessions qui fait la différence européenne. Les 343,2 Md$ investis sur la zone EMA recensés par KPMG au S1 confirment la profondeur retrouvée du marché.

En France, les institutions de place sont en sommeil estival — pas de publication de France Invest cette semaine — mais le flux d’opérations mid-market recensé quotidiennement par CFNEWS ne faiblit pas en plein été, des LBO secondaires aux ouvertures de capital aux salariés : le marché français travaille en août.

Sources : Moonfare, Mid-Year Report 2026, 22 juillet 2026 ; KPMG, 27 juillet 2026

📖 Pour aller plus loin : Transaction Value 2025 : ce que révèle vraiment le nouveau rapport Invest Europe — l’analyse de fond publiée sur ce blog.

4. On oublie souvent l’Allemagne

L’écosystème à la croissance la plus rapide du venture européen. L’Allemagne s’impose cette année comme l’écosystème à la croissance la plus rapide parmi les grands marchés matures du venture européen, selon le Q2 2026 Germany Market Snapshot de PitchBook (Leah Hodgson) : 6 Md€ levés par les startups allemandes au S1 2026 — un rythme qui, s’il se maintient, porterait l’année à près de 40 % au-dessus de 2025, devant le Royaume-Uni et la France — pour un T2 à 2,1 Md€, dans la moyenne trimestrielle du pays, avec un nombre d’opérations en repli : là aussi, le capital se concentre. Les moteurs sont la deep tech et la défense, dopées par l’objectif budgétaire de Berlin de 3,5 % du PIB consacrés à la défense d’ici 2029 : près de la moitié des startups européennes de défense les plus valorisées ont leur siège en Allemagne, nourries par le vivier d’ingénieurs de la TU Munich et de la RWTH d’Aix-la-Chapelle et par l’héritage industriel de Siemens, BASF, Volkswagen ou BMW. Un signal que les investisseurs français auraient tort de traiter par-dessus la jambe.

Source : PitchBook, Q2 2026 Germany Market Snapshot, Leah Hodgson

5. ASPAC et Chine : le maillon faible du cycle

L’Asie-Pacifique décroche. Avec 67,9 Md$ investis sur 639 opérations au S1 2026 selon KPMG (données du 27 juillet), la zone ASPAC ne pèse que 6,8 % de l’investissement mondial en valeur — un décrochage spectaculaire pour une région qui représentait le grand relais de croissance du secteur il y a cinq ans. Le contraste avec les 545,1 Md$ américains dit tout du recentrage des LPs et des GPs sur les marchés occidentaux, entre tensions géopolitiques persistantes autour de la Chine et devises volatiles.

Source : KPMG, communiqué du 27 juillet 2026

6. Levée de fonds : la collecte se polarise

Jamais si peu de fonds n’ont levé, jamais les élus n’ont levé si vite. Le fundraising mondial atteint 261,8 Md$ au S1 2026 à travers 315 fonds selon KPMG (27 juillet), dont 224,7 Md$ pour les seuls fonds de buyout — un nombre de véhicules au plus bas depuis une décennie, pour des tailles unitaires toujours plus grosses.

La semaine écoulée illustre cette sélection darwinienne côté mid-market américain : AltAssets rapporte le 31 juillet la clôture par Kingswood Capital Management de deux véhicules sursouscrits totalisant 4 Md$, la veille de celle du onzième fonds de Wind Point Partners à 3,2 Md$, au-delà de son hard cap. Autre enseignement de la semaine : le « capital solutions » devient un segment de collecte à part entière, avec les premiers fonds dédiés de GTCR (1,25 Md$, le 30 juillet) et de GCM Grosvenor (1,2 Md$, le 28 juillet) — des stratégies hybrides entre dette structurée et preferred equity, qui prospèrent sur les besoins de liquidité d’un marché où les sorties restent lentes et la dette chère.

Sources : KPMG, 27 juillet 2026 ; AltAssets, 28-31 juillet 2026

📖 Pour aller plus loin : Private Equity 2026 : reprise du marché ou changement de régime ? — l’analyse de fond publiée sur ce blog.

7. Regard critique : la retailisation avance plus vite que ses garde-fous

L’épargne grand public arrive dans le non-coté — au pire moment ? Pendant que les régulateurs européens observaient une semaine calme — aucune mesure notable pour les fonds privés dans le bulletin réglementaire du 30 juillet de Slaughter and May — le mouvement d’ouverture des marchés privés à l’épargne grand public poursuit son accélération américaine. Comme le documentait Financial Planning (16 juillet), la SEC de Paul Atkins a inscrit à son agenda 2026 le chantier « Enhancing Retail Exposure to Private Markets » et levé la limite, vieille de deux décennies, des 15 % d’actifs non cotés dans les closed-end funds grand public. Le marché n’a pas attendu : selon Morningstar, les encours des fonds retail exposés aux marchés privés ont bondi de 120 % en quatre ans, à près de 600 Md$.

La question dérangeante demeure : pourquoi ouvrir les vannes de l’épargne des ménages précisément au moment où les sorties sont lentes, où le dry powder s’accumule et où les valorisations reposent largement sur des NAV non testées par le marché ? L’épargnant de détail arrive rarement au bon moment dans les classes d’actifs — c’est même souvent à son arrivée qu’on reconnaît la fin du cycle.

Sources : Financial Planning, 16 juillet 2026 ; Slaughter and May, 30 juillet 2026

📖 Pour aller plus loin : La crise de 2025 ressemble-t-elle à celle de 2008 ? — l’analyse de fond publiée sur ce blog.

Références de la semaine

KKR, communiqué de résultats T2 2026 (30 juillet 2026)
Investing.com, transcript du call de résultats KKR T2 2026 (30 juillet 2026)
KPMG, communiqué de presse — données mondiales S1 2026 (27 juillet 2026)
Moonfare, Mid-Year Report Private Markets 2026, données PitchBook (22 juillet 2026)
PitchBook, Q2 2026 Germany Market Snapshot (Leah Hodgson)
AltAssets, clôtures Kingswood Capital Management et Wind Point Partners (31 juillet 2026)
Financial Planning, « SEC pushes private market access — but retail is already in » (16 juillet 2026)
Slaughter and May, Financial Regulation Weekly Bulletin (30 juillet 2026)

Chiffres signalés comme estimés ou déclaratifs : données d’investissement et de fundraising KPMG S1 2026 (recensement propre au cabinet) ; performances de portefeuille KKR et Blackstone (valorisations non réalisées) ; encours des fonds retail exposés aux marchés privés (Morningstar, données déclaratives) ; projection annuelle du venture allemand (extrapolation PitchBook au rythme du premier semestre).

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