1. « Pacte Papin » : la transmission aux salariés, quarante ans après la loi de 1984 sur le RES
Dans un entretien aux Echos, Serge Papin, ministre des PME, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat, détaille un dispositif présenté comme la réciproque du pacte Dutreil : faciliter la reprise des entreprises par leurs salariés. L’enjeu est chiffré — environ 370 000 entreprises à transmettre d’ici 2030, 500 000 dans les dix ans, 3 millions de salariés concernés. Le « pacte Papin », à trois étages, entrerait en vigueur au 1er janvier : un suramortissement de 30 % pour les reprises de PME de moins de 250 salariés (porté à 60 % pour les TPE de moins de dix salariés) sur les investissements d’équipements et de matériel de production ; des droits d’enregistrement quasi supprimés sur l’achat des parts sociales ou du fonds de commerce pour les reprises par les salariés — de 3 % à 0,1 %, soit environ 250 euros au lieu de 7 800 pour un fonds de commerce de 250 000 euros ; et un volet cédants, avec une exonération d’impôt sur la plus-value relevée de 500 000 euros à 1 million et un doublement de l’abattement départ en retraite. Le ministre estime à 6 500 par an les reprises de TPE-PME par les salariés aujourd’hui, veut doubler ce chiffre, pour un coût initial de « quelques dizaines de millions d’euros » ; environ 35 000 entreprises seraient potentiellement éligibles chaque année au suramortissement.
L’histoire éclaire la portée du geste — à condition de la citer au texte. La loi du 9 juillet 1984 sur le développement de l’initiative économique a créé le RES, le rachat de l’entreprise par ses salariés : les salariés constituent une holding qui doit détenir plus de 50 % des droits de vote de l’entreprise rachetée (et être elle-même détenue majoritairement par eux) ; sur agrément du ministre des finances, cette holding reçoit un crédit d’impôt égal aux intérêts de l’emprunt d’acquisition (article 220 quater du CGI). Les salariés déduisent de leur salaire les intérêts de leurs emprunts de souscription, dans la limite de 50 % de leur rémunération brute et de 100 000 francs (article 83 bis), et l’acquisition des titres par la holding échappe au droit d’enregistrement de 4,80 % (article 726). C’est ce mécanisme — la dette d’acquisition servie, de fait, par l’impôt de la cible — qui a acclimaté le LBO en France. La loi du 17 juin 1987 a ensuite supprimé l’agrément ; la loi de finances pour 1988 a créé le régime de l’intégration fiscale (article 223 A du CGI), qui permet à toute holding détenant au moins 95 % de sa cible d’imputer les intérêts de sa dette d’acquisition sur le résultat imposable de celle-ci. C’est cet outil générique qui a techniquement pris le relais du RES, et qui porte depuis les LBO français. Quarante ans plus tard, le pacte Papin reprend l’esprit du dispositif avec des outils plus modestes — suramortissement, droits d’enregistrement, plus-values — et toujours sans fonds au capital. Reste l’inconnue de tout dispositif annoncé avant un budget : le projet de loi de finances qui le porte doit encore passer.
Sources : Les Echos (entretien), Légifrance (CGI, art. 220 quater et 83 bis).
📖 Pour aller plus loin : Les analyses de PE Research
2. Suite de la semaine dernière — Les « véritables performances » du PE français accessible aux particuliers : 5,14 % par an, et un indice à manier avec précaution
L’enquête des Echos annoncée la semaine passée livre ses chiffres. Les Echos (article de Sandra Pirrmann) publient les résultats trimestriels du RPEI, l’indice de la plateforme Ramify qui agrège le non-coté réellement accessible aux particuliers — fonds evergreen, secondaires, dette privée, capital-transmission, capital-développement et immobilier. Le verdict : +1,23 % au T1 2026, +23,76 % cumulés depuis janvier 2022, soit 5,14 % en rythme annualisé, en base indice et hors frais. C’est mieux que le rendement moyen des fonds en euros (2,6 % nets servis en 2025 selon France Assureurs et l’ACPR), mais nettement moins que les grands indices actions sur période comparable : environ 7,5 % annualisés pour le MSCI World, environ 7 % pour le CAC 40 dividendes réinvestis. Au T1 2026, les fonds evergreen signent la meilleure progression (+1,64 %) ; depuis janvier 2022, la dette privée reste la poche la plus dynamique (+30,16 % cumulés).
Le sérieux de l’indice mérite toutefois d’être qualifié, à partir de la méthodologie publiée par Ramify elle-même. L’indice est pondéré par capitalisation, plafonné à 20 % par fonds, sur 64 fonds et 11,4 Md€ d’encours au T1 2026 — mais la liste des fonds n’est pas publiée, le calcul est interne sans agent de calcul indépendant, et l’historique antérieur à la première publication (septembre 2024) est par construction reconstitué. Deux conventions lissent mécaniquement les résultats : les fonds qui ne publient qu’en semestriel sont comptés à zéro aux premier et troisième trimestres, et l’historique d’un fonds qui cesse de publier est retiré de la base. Les evergreens pesaient environ 57 % de la capitalisation fin 2024. Surtout, le conflit d’intérêts doit être dit : Ramify, plateforme française de gestion de patrimoine en ligne fondée en 2021 par Olivier Herbout et Samy Ouardini, deux anciens de Goldman Sachs, régulée comme conseiller en investissements financiers et courtier (ORIAS), et qui a levé 11 M€ en série A en juin 2024 auprès de 13books Capital, Fidelity International Strategic Ventures, Newfund, AG2R La Mondiale et Crédit Agricole Brie Picardie, distribue elle-même une trentaine de fonds de la classe d’actifs que son indice mesure — EQT, ARCHIMED, Ardian, Tikehau ou Eurazeo figurent à son catalogue. L’indice est un outil commercial autant qu’une mesure. Le point de comparaison institutionnel existe : l’étude France Invest/EY mesure un TRI net de 12,4 % sur dix ans à fin 2024 pour le capital-investissement français — univers, véhicules et méthodes différents, mais l’écart entre ce que touchent les institutionnels et les 5,14 % hors frais du non-coté « accessible aux particuliers » est le vrai sujet que l’indice met sur la table.
Sources : Les Echos, Ramify (méthodologie du RPEI), France Invest/EY.
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3. CVC règle sa succession — comme toute une génération de GPs
Deux annonces en trois jours, dans l’ordre qui compte. Le 9 septembre, CVC a organisé sa succession : Rob Lucas passera la main d’ici au premier trimestre 2028 à deux co-CEOs — Todd Sisitsky, débauché de TPG où il a passé plus de vingt ans et dont il était président, et Peter Rutland, dix-neuf ans de maison. Le 11 septembre, CVC fixait l’objectif initial de son fonds Europe/Amériques n°10 : 26 Md€ d’engagements générateurs de commissions, pour un lancement formel en janvier 2027 — le millésime IX avait bouclé à 27,3 Md€, 9 % au-dessus de l’objectif. La séquence est calibrée : on règle la gouvernance avant d’ouvrir le livre, pas l’inverse. Sur le segment santé, le lyonnais ARCHIMED illustrait la même semaine l’autre bout du marché des levées : MED IV bouclé à son hard cap de 1,5 Md€, trois fois sursouscrit en moins de six mois.
CVC rejoint surtout une industrie qui règle ses successions les unes après les autres. Partners Group a annoncé le 1er septembre l’arrivée de Roberto Cagnati et Juri Jenkner comme co-CEOs au 1er janvier 2027, David Layton passant à la direction des investissements. EQT a confié sa direction générale à Per Franzén en 2025. Carlyle était allé chercher Harvey Schwartz à l’extérieur en 2023. KKR avait installé Joe Bae et Scott Nuttall en co-CEOs dès 2021 — l’année où Marc Rowan prenait la tête d’Apollo après le retrait de Leon Black. La génération des fondateurs et des premiers successeurs passe la main partout, le plus souvent au profit de tandems maison ; et le recrutement de Todd Sisitsky ouvre, par ricochet, la question suivante chez TPG, qui perd son président.
Le Financial Times (lettre Due Diligence) élargit le tableau européen : outre Partners Group (Roberto Cagnati et Juri Jenkner co-CEOs au 1er janvier 2027) et EQT, Cinven a changé de directeur général en 2025 et Permira avait nommé un tandem de co-CEOs dès 2024 pour succéder à Kurt Björklund. Le contraste est américain : Stephen Schwarzman tient toujours Blackstone — Jonathan Gray assurant le quotidien —, Marc Rowan s’est « consolidé » à la tête d’Apollo, la succession de KKR (Scott Nuttall et Joseph Bae) a déjà cinq ans et Harvey Schwartz a stabilisé Carlyle.
Sources : CVC (communiqués), ARCHIMED (communiqué), Financial Times (Due Diligence).
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4. Souveraineté : Mistral lève 3 Md€, la défense aligne 248 fonds de VC
La plus grande levée jamais réalisée par une entreprise technologique européenne à ce stade : Mistral AI a bouclé une série D de 3 Md€ sur une valorisation post-money supérieure à 21 Md€, menée par Samsung Electronics et co-menée par le Scaleup Europe Fund géré par EQT, avec PSG Equity, Andreessen Horowitz, ASML, NVIDIA, General Catalyst et Bpifrance (communiqué du 8 septembre). Le tour installe le champion français de l’IA dans une catégorie de valorisation qui n’existait pas en Europe — et le fonds européen géré par EQT au premier rang du financement de la souveraineté technologique.
La souveraineté irrigue aussi le capital-risque de défense : selon les données Preqin (Sector in Focus : Aerospace & Defense, Michael Patterson, données à fin juin 2026), le nombre de fonds de VC en levée qui ciblent l’aérospatiale et la défense est passé de 55 en janvier 2020 à 248 en janvier 2026, pour un capital recherché multiplié par plus de cinq — de 4,8 à 25,7 Md$. Deux cent quarante-huit fonds pour un gisement de sociétés investissables encore étroit : la question de la discipline de prix se posera là aussi.
Sources : Bpifrance (communiqué), Preqin.
📖 Pour aller plus loin : « 30. VC contre Buyout : le match américain en cinq rounds »
5. Recherche sur le VC : quand les compétences manquantes tuent le deal
Une étude publiée le 14 août dans l’International Journal of Entrepreneurial Behavior & Research — cosignée par des chercheurs de Politecnico di Milano, Bologne, Politecnico di Torino et Bergame avec trois économistes du Fonds européen d’investissement (Kraemer-Eis, Botsari, Lang) — mesure ce que les investisseurs constatent sans toujours le chiffrer : les lacunes de compétences des équipes fondatrices augmentent significativement la probabilité de write-off. Le matériau vient de l’enquête VC 2023 du FEI auprès de 460 gérants de capital-risque européens. Les manques les plus cités côté startups : le leadership et la gestion d’équipe (47 % des répondants), la vente (42,4 %), la planification stratégique (34,1 %), la finance (30,7 %) — soit 2,44 lacunes en moyenne par participation, sur des compétences que le gérant possède pourtant de son côté.
Le résultat le plus frappant est ailleurs : plus le gérant est expérimenté et outillé, plus les lacunes de l’équipe investie augmentent la probabilité de write-off — les VCs les mieux armés abandonnent plus vite les équipes qui n’internalisent pas leur accompagnement. Les auteurs en tirent une conclusion de politique publique : le capital humain du fondateur est à la fois moteur de valeur et déclencheur de sortie, et son renforcement mérite l’attention des dispositifs d’accompagnement.
Source : International Journal of Entrepreneurial Behavior & Research (Emerald).
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Références de la semaine
Les Echos — Entretien avec Serge Papin : « Nous voulons donner envie à toute une génération d’entreprendre »
Légifrance — CGI, article 220 quater (version du 11 juillet 1984)
Les Echos — Les véritables performances du private equity (indice Ramify)
Ramify — Méthodologie du RPEI
France Invest / EY — Performance nette des acteurs français du capital-investissement à fin 2024 (juillet 2025)
CVC — Leadership succession : Sisitsky et Rutland co-CEOs d’ici T1 2028 (9 septembre)
CVC — Europe/Americas Fund X : objectif initial de 26 Md€ (11 septembre)
ARCHIMED — MED IV bouclé à 1,5 Md€ (hard cap) (9 septembre)
Financial Times — Due Diligence : Europe’s new guard in private markets
Partners Group — 2026 Interim Financial Results Report (1er septembre)
Bpifrance — Mistral lève 3 Md€ (8 septembre)
Preqin — Sector in Focus : Aerospace & Defense
IJEBR (Emerald) — When missing skills kill the deal: evidence from venture capital write-offs (14 août)
