Semaine du 6 au 12 juillet 2026 · par Gilles Mougenot · peresearch.eu
Signal de la semaine — Le retail PE en question
Le débat sur l’ouverture du private equity aux particuliers a pris un tour chiffré cette semaine. Une tribune publiée le 7 juillet 2026 par Bloomberg Opinion juge le private equity « encore trop risqué pour les investisseurs grand public ». L’argument s’appuie sur les performances des fonds evergreen destinés au retail : les 15 plus gros fonds evergreen de private equity ont dégagé un rendement médian de 11,97 % en 2025, contre 17,43 % pour le S&P 500. Sur trois ans (2023-2025), le rendement annualisé médian ressort à 11,31 %, soit environ la moitié des 22,48 % de l’indice. Les frais courants de ces véhicules, compris entre 3 % et 5 % par an, pèsent sur l’écart.
Le mouvement se poursuit néanmoins outre-Atlantique : après le décret présidentiel (executive order) d’août 2025 et la proposition de règle du Department of Labor, le crédit privé s’apprête à entrer dans les plans de retraite américains, un marché de 14 000 Md$ (The Motley Fool, 10 juillet 2026).
Sources : Bloomberg Opinion (7 juillet 2026), Advisor Perspectives (7 juillet 2026), The Motley Fool (10 juillet 2026)
📖 Pour aller plus loin : Le Private Equity s’ouvre (vraiment) aux particuliers — l’analyse de fond publiée sur ce blog.
Marché mondial et Europe — Sorties au ralenti, tickets plus gros
S&P Global Market Intelligence a publié cette semaine son bilan des sorties du premier semestre 2026 : 1 504 sorties annoncées dans le monde entre le 1er janvier et le 30 juin 2026, en recul de 6 % par rapport aux 1 601 sorties du premier semestre 2025 — la valeur agrégée progresse en revanche, portée par un petit nombre d’opérations de taille exceptionnelle. Dans son point de mi-année publié en juillet, PwC décrit un marché des sorties « en amélioration mais pas totalement rouvert » : fenêtres d’IPO sélectives, acheteurs stratégiques prudents, processus sur mesure réservés aux actifs premium.
L’Europe illustre le même schéma — moins d’opérations, mais plus grosses. Selon les données PitchBook relayées le 8 juillet par Tech Funding News, la valeur investie y atteint 319,7 Md€ au premier semestre 2026 (+8,6 % vs 294,4 Md€ au S1 2025) pour un nombre d’opérations en baisse de 4,5 % (4 202 contre 4 399) : le ticket moyen passe de 66,9 à 76,1 M€ en un an. L’intelligence artificielle tire la dynamique européenne, avec 21,3 Md€ investis sur le thème à fin mai 2026 selon le point de mi-année EMEA de PitchBook. Les indicateurs clés :
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Sorties mondiales S1 2026 : 1 504 (-6 % vs S1 2025) — S&P Global MI (juillet 2026)
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Valeur investie Europe S1 2026 : 319,7 Md€ (+8,6 % vs S1 2025) — PitchBook (8 juillet 2026)
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Volume Europe S1 2026 : 4 202 opérations (-4,5 % vs S1 2025) — PitchBook (8 juillet 2026)
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Ticket moyen Europe : 76,1 M€, contre 66,9 M€ au S1 2025 — PitchBook (8 juillet 2026)
Sources : S&P Global Market Intelligence (juillet 2026), PwC US Deals midyear outlook (juillet 2026), Tech Funding News / PitchBook (8 juillet 2026), PitchBook EMEA Midyear Update (juillet 2026)
Secondaires — Les véhicules de continuation sous l’œil de la SEC
Deux semaines après les révélations de Bloomberg (24 juin 2026) sur l’enquête de la division enforcement de la SEC visant les véhicules de continuation, les analyses se multiplient sur les conséquences pour ce marché record. L’enquête porte sur les conflits d’intérêts, les méthodes de valorisation des actifs transférés et la qualité des informations communiquées aux investisseurs. Les commentateurs s’accordent : la pression réglementaire va contraindre les GPs à « montrer leur travail » sur les valorisations, sans casser la dynamique. Donnée nouvelle de la semaine : les capitaux levés par les fonds de continuation ont atteint 62,67 Md$ en 2025, un record depuis au moins 2017, et le stock mondial de sociétés en portefeuille non cédées est estimé à plus de 30 000 — la soupape de liquidité reste indispensable.
Sources : Bloomberg (24 juin 2026), Yahoo Finance / PitchBook (juillet 2026), The Middle Market (juillet 2026)
Public-to-private — easyJet : quand le crédit privé s’invite dans le buyout
La bataille pour easyJet a livré cette semaine un enseignement que peu de commentateurs ont relevé : ce n’est pas une guerre d’enchères classique entre deux fonds de private equity. C’est la collision frontale de deux philosophies d’investissement radicalement différentes.
D’un côté, Apollo — acteur de buyout historique, logique de contrôle, transformation opérationnelle, création de valeur à 5-7 ans. De l’autre, Castlelake — spécialiste du crédit privé adossé aux actifs, logique patrimoniale, rendement protégé par les actifs physiques, horizon et structure fondamentalement différents.
Que le conseil d’easyJet ait finalement préféré Apollo à £7,15 par action contre £6,90 pour Castlelake n’est pas seulement une question de prix. C’est un choix de modèle. Et ce choix dit quelque chose d’important sur ce que les entreprises attendent désormais de leurs actionnaires financiers — et sur la frontière de plus en plus poreuse entre PE et crédit privé dans les grandes opérations.
Trois questions que ce thème pose au secteur.
1. La frontière PE / crédit privé est-elle encore lisible ? Castlelake se définit lui-même comme un gestionnaire de crédit privé adossé aux actifs — pas comme un fonds de PE. Pourtant il tente d’acquérir le contrôle d’une compagnie aérienne cotée à £5,2 milliards. Quand le crédit privé s’attaque à des opérations de buyout de cette taille, les frontières que l’industrie avait soigneusement tracées entre ses métiers n’ont plus grand sens.
2. La structure de gouvernance comme argument concurrentiel. Castlelake proposait 49 % du capital, la majorité aux mains de ressortissants européens pour satisfaire les règles UE. Apollo s’engage à prendre « toutes les mesures nécessaires » pour y répondre — sans préciser comment. La régulation européenne sur la propriété des compagnies aériennes devient ainsi un facteur différenciant entre acquéreurs, pas seulement une contrainte juridique.
3. La prime de 81 % : signal de marché ou anomalie ? L’offre Apollo représente 81 % de prime sur le cours du 28 mai. Beauchamp Research a immédiatement mis en garde contre le risque d’endettement excessif dans la structure. La question n’est pas seulement « qui gagne l’enchère » — c’est « à quel prix de la dette, et au détriment de qui à terme ? »
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Offre par action — Apollo : £7,15 · Castlelake : £6,90
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Valorisation totale — Apollo : £5,7 Mds ($7,7 Mds) · Castlelake : £5,2 Mds ($7,0 Mds)
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AUM total — Apollo : >$1 000 Mds · Castlelake : ~$38 Mds
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Modèle — Apollo : PE / buyout · Castlelake : crédit privé asset-based
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Spécialité aviation — Apollo : equity (Aeromexico, Sun Country) · Castlelake : leasing & financement d’actifs
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Deadline offre ferme — Apollo : 7 août 17h00 GMT · Castlelake : 3 août
Sources : CBS News (11 juillet 2026), Business Travel News, Gulf News (10 juillet 2026)
📖 Pour aller plus loin : L’asymétrie du LBO — l’analyse de fond publiée sur ce blog.
Europe — Invest Europe passe une décennie de transactions au crible : 260,9 Md€ en 2025, la France en tête du buyout
Invest Europe a publié le 9 juillet son Transaction Value Analysis 2016–2025, qui retrace dix ans de valeur de transactions du capital-investissement européen. En 2025, la valeur totale s’établit à 260,9 Md€, stable sur un an et légèrement au-dessus de la tendance (+3 % vs moyenne cinq ans), pour 8 681 transactions. La répartition : buyout 72 %, venture 14 %, growth 13 %.
Fait marquant pour le marché français : la zone France & Benelux prend une nouvelle fois la tête du buyout européen (comme en 2016, 2017, 2018, 2022 et 2023) avec 60,0 Md€ (+21 % sur un an), tandis que le Royaume-Uni et l’Irlande reculent de 21 %. Les mega deals concentrent 49 % de la valeur buyout totale (189,0 Md€, –4 %).
Côté secteurs, la santé et les biotechs s’imposent : 51,9 Md€ (+43 %), soit 20 % de la valeur totale. À l’inverse, les biens et services de consommation reculent fortement (–44 %), ne représentant plus que 11 % du total. Le venture atteint 35,3 Md€ (+11 %), deuxième meilleur niveau historique, et le growth renoue avec la croissance à 33,4 Md€ (+12 %) après trois années de baisse — une reprise tirée exclusivement par les gros tickets (deals >30 M€ : 77 % de la valeur).
Ce rapport fera l’objet d’une analyse détaillée à paraître sur peresearch.eu.
Sources : Invest Europe, Transaction Value Analysis 2016–2025 (09/07/2026)
Sources mobilisées cette semaine : Bloomberg Opinion · Advisor Perspectives · The Motley Fool · S&P Global Market Intelligence · PwC · Tech Funding News · PitchBook · Bloomberg · Yahoo Finance · The Middle Market · CBS News · Business Travel News · Gulf News — Invest Europe
