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Revue de presse Private Equity — Semaine 30 (20-26 juillet 2026)

Semaine 30 — 20 au 26 juillet 2026

1. Blackstone : résultats records, et un segment private equity redevenu premier moteur du groupe

Les résultats d’ensemble. Blackstone (américain, coté au NYSE) a publié jeudi 23 juillet des résultats du deuxième trimestre supérieurs aux attentes : bénéfice distribuable en hausse de 26 % à 2,0 Md$ (1,52 $ par action, contre 1,38 $ attendu), commissions de gestion nettes en progression de 11 % à 2,25 Md$, et revenus de performance liés aux commissions en bond de 68 % à 793 M$. Les encours atteignent un niveau record de 1 350 Md$ (+11 % sur un an), portés par une collecte record sur les canaux institutionnels, assurance et gestion privée (la clientèle privée atteint 324 Md$ d’encours). Fait marquant : neuf des dix lignes ayant le plus progressé dans les portefeuilles du groupe sont liées à l’intelligence artificielle — Schwarzman revendique pour Blackstone le statut d’« un des premiers fournisseurs de capitaux privés de l’écosystème IA ».

Le détail du segment private equity. C’est le segment PE qui signe la meilleure performance du groupe : bénéfice distribuable de 981 M$, en hausse de 31 %, soit 44,6 % du bénéfice distribuable de l’ensemble des segments. Les encours PE progressent de 17 % à 454,2 Md$ et les bénéfices liés aux commissions (FRE) bondissent de 38 % à 717 M$. Côté performance des fonds : le « Corporate Private Equity » — les fonds de buyout classiques du groupe, qui prennent des participations, le plus souvent majoritaires, dans des entreprises, par opposition aux autres stratégies logées dans le même segment (infrastructure, secondaires, transition énergétique) — s’apprécie de 3,7 % sur le trimestre et de 14,4 % sur douze mois glissants, tandis que les fonds d’infrastructure affichent des rendements exceptionnels de 7,2 % sur le trimestre et 28,6 % sur douze mois.

Collecte et déploiement du segment PE. Le PE mène la collecte du groupe avec 24,5 Md$ de souscriptions sur le trimestre, dont 5,7 Md$ pour le cinquième fonds de transition énergétique, 5,7 Md$ en secondaires et 2,8 Md$ en infrastructure ; le troisième fonds de private equity asiatique a été clôturé au deuxième trimestre avec 1,8 Md$ supplémentaires, portant ses engagements à 13,1 Md$. Le segment a déployé 14,5 Md$ sur le trimestre — du capital effectivement investi dans des opérations finalisées (dont Hologic, Champions Group, Arlington Industries) — auxquels s’ajoutent 5,6 Md$ engagés sur des opérations signées mais pas encore closes (Eurowind Energy, Dresser Utility Solutions), qui seront décaissés à leur clôture. Le PE concentre 40,2 % des 228,1 Md$ de dry powder du groupe, soit environ 92 Md$.

Sorties : la prudence demeure. Les réalisations nettes du groupe progressent de 27 % à 414 M$, mais la direction anticipe un ralentissement séquentiel au troisième trimestre avant une amélioration fin 2026 et en 2027, conditionnée à un marché des IPO plus porteur et au M&A dans la transition énergétique. Rappel utile : les appréciations de portefeuille (dont celles liées à l’IA) reposent sur des valorisations non réalisées (NAV) — des plus-values latentes, pas des cessions effectives.

Sources : Communiqué de résultats T2 2026 de Blackstone · Investing.com (23 juillet 2026) · Quartz (23 juillet 2026) · Private Equity Wire

📖 Pour aller plus loin : Le Private Equity : une classe d’actif à maturité — l’analyse de fond publiée sur ce blog.

2. Secondaires : semestre record au-delà de 120 Md$, portés par les fonds de continuation mono-actif

Selon les données publiées le 21 juillet par Evercore, le marché secondaire a dépassé 120 Md$ de volume au premier semestre 2026, en hausse de 20 % sur le S1 2025, déjà record. Les opérations initiées par les GPs (« GP-led ») représentent désormais 53,7 % des volumes, et les fonds de continuation mono-actif atteignent à eux seuls 34 Md$ : les sponsors prolongent la détention de leurs « trophy assets » — les meilleures sociétés de leurs portefeuilles, celles dont ils attendent encore une forte création de valeur et qu’ils refusent de céder trop tôt — tout en offrant de la liquidité à leurs LPs, faute de sorties classiques (M&A, IPO) suffisantes.

Deux signaux d’alerte dans ces chiffres, qui restent des estimations d’intermédiaire : la part des fonds de continuation logiciels recule de 8 points (craintes de disruption par l’IA et repli des comparables cotés), et le capital disponible des acheteurs s’épuise — le dry powder a fondu de 10 % depuis le début de l’année, avec un multiple de couverture proche de 1,0x.

Sources : PitchBook (21 juillet 2026) · Bloomberg (21 juillet 2026)

3. France : Mirova cède son pôle private equity à Jolt Capital

Mirova (français, affilié de Natixis Investment Managers, groupe BPCE, non coté), gérant spécialisé dans la finance durable, est entré le 21 juillet en discussions exclusives en vue de la cession de son pôle private equity à Jolt Capital, société d’investissement parisienne spécialisée dans le growth technologique européen. L’équipe d’une demi-douzaine de personnes conduite par Marc Romano rejoindrait Jolt Capital, qui renforcerait ainsi son offre dans l’investissement à impact.

L’opération illustre la consolidation en cours dans la gestion d’actifs privés française : les plateformes de taille intermédiaire recentrent leurs gammes, tandis que les indépendants spécialisés cherchent la taille critique.

Sources : L’Agefi (21 juillet 2026) · Combourse · Newsmanagers/L’Agefi

📖 Pour aller plus loin : La consolidation des acteurs en Private Equity : entre réalité darwinienne et discours de mode — l’analyse de fond publiée sur ce blog.

4. Cessions : Nestlé cède la moitié de ses eaux à Platinum Equity — la vague des carve-outs européens s’amplifie

Nestlé (suisse, coté au SIX Swiss Exchange) a annoncé la cession de la moitié de son activité eaux à Platinum Equity (américain, Los Angeles, non coté), sur une valorisation de 4,9 Md€ (environ 5,6 Md$) qui rapporte environ 3 Md€ de liquidités au groupe. La coentreprise, société indépendante dont le siège sera à Paris, regroupera plus de 30 marques dont S.Pellegrino, Perrier et Nestlé Pure Life. L’opération intervient trois mois après la vente de Blue Bottle Coffee à Centurium Capital, dans le cadre du recentrage du groupe suisse sur ses métiers cœurs.

Selon PitchBook (article du 23 juillet), les carve-outs européens du PE totalisent 41,8 Md€ de valeur depuis le début de l’année (au 23 juillet) : à ce rythme, 2026 atteindrait 74,8 Md€, troisième meilleure année de l’histoire derrière 2019 (85,3 Md€) et 2024 (79,5 Md€). Mais le nombre d’opérations (417) est très en retard sur le record 2025 (818) : moins de deals, plus gros. Moteur de la vague : le coût du capital plus élevé depuis 2022 pousse les groupes à céder leurs actifs non stratégiques, tandis que les fonds y trouvent des rendements fondés sur l’amélioration opérationnelle plus que sur l’ingénierie financière (exemples récents : TPG/Optum UK à 1,5 Md€, Apollo/Forvia Interiors à 1,82 Md€).

Sources : PitchBook (23 juillet 2026) · Yahoo Finance

5. LBO record sur Electronic Arts : feu vert de Bruxelles, Washington reste l’obstacle

La Commission européenne a approuvé le 23 juillet, au titre du règlement européen sur les concentrations, le rachat d’Electronic Arts (américain, coté au Nasdaq) pour 55 Md$ par le consortium mené par le fonds souverain saoudien PIF, avec Silver Lake et Affinity Partners (le fonds de Jared Kushner) — le plus grand LBO de l’histoire. Bruxelles n’a identifié aucun problème de concurrence.

Rappel des termes de l’opération, annoncée le 29 septembre 2025 : 210 $ par action en numéraire, soit une prime de 25 % sur le cours de clôture précédant les premières fuites, pour 100 % du capital de l’éditeur de FIFA/EA Sports FC, Battlefield et Les Sims. Le financement combine environ 36 Md$ de fonds propres — dont le roll-over de la participation existante de 9,9 % du PIF — et 20 Md$ de dette engagée par JPMorgan seule (dont 18 Md$ décaissés à la clôture) — il est rare qu’une banque unique porte l’intégralité de la dette d’un LBO de cette taille. C’est la plus grande sortie de cote en numéraire jamais réalisée par des sponsors financiers.

Reste l’examen du CFIUS, le comité américain de contrôle des investissements étrangers, qui n’a pas conclu sa revue : l’opération, qui visait initialement une clôture d’ici juin 2026, court désormais vers une date butoir contractuelle fixée au 28 septembre 2026. Des élus américains ont publiquement soulevé des questions de sécurité nationale liées aux données des centaines de millions de joueurs.

Sources : Seeking Alpha (23 juillet 2026) · Game Developer · Game World Observer · Communiqué d’EA (29 septembre 2025) · CNBC

📖 Pour aller plus loin : L’asymétrie du LBO — l’analyse de fond publiée sur ce blog.

6. Regard critique : près d’un hôpital privé américain sur dix est détenu par le private equity

Le Private Equity Stakeholder Project (PESP), organisation critique du secteur, a publié le 21 juillet la mise à jour 2026 de son « Private Equity Hospital Tracker » : 447 hôpitaux américains sont détenus par des fonds de private equity, soit 9,5 % des hôpitaux privés du pays. Nouveauté de cette édition : 30,4 % de ces hôpitaux ont un immobilier détenu par des foncières cotées (REITs) — contre 4,7 % pour l’ensemble des hôpitaux privés — un montage de type sale-leaseback qui avait précédé les faillites de Steward Health Care et Prospect Medical.

Apollo Global Management reste le premier propriétaire hospitalier du secteur avec 200 établissements (Lifepoint Health, ScionHealth). Sur la qualité des soins, les hôpitaux détenus par le PE affichent une note moyenne CMS de 2,5 étoiles, en deçà des moyennes nationales. Ces chiffres émanent d’une organisation engagée ; ils alimentent un débat déjà vif au Congrès sur le rôle du private equity dans la santé.

Sources : PESP (21 juillet 2026) · Private Equity Hospital Tracker

📖 Pour aller plus loin : Le Private Equity américain sous le feu des critiques — l’analyse de fond publiée sur ce blog.

7. Analyse : « Diminishing Returns to Scale » — le PE n’est plus une classe d’actifs homogène

Dans une note d’analyste publiée le 17 juillet, PitchBook (Taylor Criswell et Kyle Walters) plaide pour une lecture « stratifiée » du private equity : plutôt que d’analyser la classe d’actifs comme un ensemble homogène, il faudrait la découper en strates aux profils de risque, de rendement et de création de valeur distincts. Concrètement, les méga-fonds de buyout — 5 Md$ et plus, gérés par les signatures les plus établies du type Blackstone, KKR, Apollo ou Carlyle (les fonds « marquee » dans la terminologie de PitchBook) — sont devenus un produit structurellement différent du buyout mid-market, et les comparer au sein d’un même référentiel n’a plus grand sens. Depuis 2000, l’écart de taille entre les plus gros fonds et le reste du marché américain n’a cessé de se creuser : les plus gros sont passés d’un standard de 3 Md$ à 5 Md$, certains dépassant 10 Md$, quelques-uns visant 20 Md$ ou plus, tandis que la taille des petits fonds n’a quasiment pas bougé. En cause notamment : la cotation en Bourse de Blackstone, KKR, Apollo et Carlyle, qui a fait des bénéfices liés aux commissions (FRE) une métrique de valorisation boursière — et donc de la croissance des encours un impératif permanent. Un écho direct aux résultats de Blackstone commentés en section 1.

Le constat chiffré est sévère pour les grandes signatures : sur les millésimes récents, les TRI des plus gros gérants sous-performent systématiquement leurs pairs. Mais la contrepartie existe : ces fonds protègent mieux contre les scénarios extrêmes — ils sous-performent significativement (à plus d’un écart-type sous la médiane) moins de 5 % du temps sur les millésimes 1999-2021, contre près de 15 % pour les autres fonds de buyout américains (7,6 % contre 9,7 % sur les millésimes 2015-2021). L’explication tient à la nature même de ces véhicules : des portefeuilles plus larges et diversifiés où aucune ligne ne peut couler le fonds, des cibles établies — souvent leaders de leur marché — aux flux de trésorerie éprouvés, dont la création de valeur repose sur la croissance du chiffre d’affaires plutôt que sur des transformations opérationnelles risquées, et des gérants institutionnalisés disposant d’un accès privilégié au financement, y compris quand le crédit se tend. Les fonds mid-market, plus concentrés et exposés au risque d’exécution de chaque participation, affichent une dispersion des résultats bien plus large — dans les deux sens. La période 1999-2021 correspond à l’historique couvert par le référentiel de notation des gérants de PitchBook ; les millésimes postérieurs à 2021 sont exclus car trop jeunes pour afficher des TRI significatifs (effet de courbe en J). La création de valeur diffère aussi : croissance du chiffre d’affaires dans les grands buyouts, transformation opérationnelle et expansion des marges dans le mid-market — lequel dispose de davantage de canaux de sortie, mais subira davantage la pression de taux durablement élevés. Pour les LPs, la conclusion est claire : allouer aux grandes signatures et au mid-market ne relève plus du même métier.

Source : PitchBook — Analyst Note « Diminishing Returns to Scale » (Criswell & Walters, 17 juillet 2026) — données au 30 mai 2026, géographie États-Unis

📖 Pour aller plus loin : Le Private Equity : une classe d’actif à maturité — l’analyse de fond publiée sur ce blog.


Références de la semaine

  • Evercore, données du marché secondaire S1 2026 (via PitchBook et Bloomberg, 21 juillet 2026)
  • Blackstone, communiqué de résultats T2 2026 (23 juillet 2026)
  • Private Equity Stakeholder Project, Private Equity Hospital Tracker 2026 (21 juillet 2026)
  • PitchBook, « Nestle’s $3bn water deal adds to Europe’s carveout wave » (23 juillet 2026)
  • PitchBook, note d’analyste « Diminishing Returns to Scale » (Criswell & Walters, 17 juillet 2026)

Chiffres signalés comme estimés ou déclaratifs : volumes secondaires (données d’intermédiaire Evercore), appréciations IA de Blackstone (valorisations non réalisées), projection 2026 des carve-outs européens (74,8 Md€, extrapolation PitchBook au rythme actuel).

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