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25. Les femmes dans le PE

 

Un bastion encore masculin

Le capital-investissement reste un secteur où les femmes peinent à franchir les dernières marches du pouvoir. En 2023, selon France Invest, elles représentaient 22 % des professionnels dans les fonctions d’investissement en France – contre 17 % en 2019. C’est un progrès, certes, mais loin de l’équilibre.

La situation est comparable en Europe : d’après Preqin, les femmes occupent environ 21 % des postes dans le private equity au niveau mondial, mais seulement 13 % des fonctions de direction en investissement. Autrement dit : le plafond de verre tient bon.

La justification par l’absence de « pipeline » – autrement dit, le manque de candidates qualifiées – ne résiste plus à l’analyse. Dans les grandes écoles de commerce comme dans les masters finance, les promotions sont aujourd’hui paritaires, voire féminines. Le problème n’est pas amont, il est structurel : biais de recrutement, manque de modèles, perception masculine du leadership, logique de cooptation entre pairs, mais aussi et cela concerne l’ensemble du Private Equity un refus de sacrifier sa vie privée pour des plus values lointaines et hypothétiques 

Le verrou du capital

Ce qui distingue le private equity d’autres secteurs financiers, c’est l’accès au capital des GPs : devenir associée, participer aux carried interests, entrer dans les comités d’investissement. Or, ce verrou reste largement fermé aux femmes.

Le baromètre parité de France Invest (2023) est clair :

  • 22 % de femmes dans les fonctions d’investissement

  • 14 % aux postes de direction

  • 8 % seulement en tant qu’associées ou managing partners

Cela signifie que les femmes sont davantage présentes en junior, mais disparaissent à mesure que l’on monte dans la hiérarchie. La maternité, l’absence de mentors, le manque d’exemples visibles jouent un rôle. Mais le facteur déterminant reste l’accès au partnership – là où se prend le vrai pouvoir.

Depuis quelques années, les grandes maisons affichent des initiatives : objectifs de mixité, politiques RH dédiées, programmes de mentorat. France Invest s’est dotée d’un groupe parité dès 2020. Level 20, association européenne, milite pour porter à 20 % la part de femmes aux postes d’investissement senior.

Mais les effets restent limités. Si certaines firmes comme Ardian ou Eurazeo ont progressé, c’est davantage grâce à la volonté personnelle de leurs dirigeantes ainsi qu’à la taille du groupe 

Un enjeu économique, pas seulement moral

Plusieurs études montrent que les équipes mixtes prennent de meilleures décisions, gèrent mieux les risques et génèrent de meilleurs résultats. Une étude de McKinsey (2023) démontre que les entreprises avec plus de 30 % de femmes dans les équipes dirigeantes ont 48 % de chances supplémentaires de surperformer leur secteur.

Le private equity se prive donc d’un gisement de performance en n’intégrant pas davantage de femmes à la table des deals et dans la gestion active des participations.

Ce que disent les études

Études sectorielles PE

  • Preqin – Women in Alternatives (2023) : benchmark global sur la place des femmes dans le PE, VC, hedge funds et infra.

  • France Invest – Baromètre Parité (2023) : données détaillées France.

  • Level 20 – Diversity & Inclusion Report (2023) : rapport annuel sur la parité dans les GPs européens.

  • Invest Europe – D&I Survey (2022) : étude européenne sur la diversité dans les GPs.

  • ILPA – Diversity Metrics Template (2022) : outil de reporting standardisé sur la diversité destiné aux LPs et GPs.

Études transverses

  • McKinsey – Women in the Workplace (2023)

  • EY – Diversity and PE (2021)

  • BCG – Fixing Diversity in PE (2022)


 Trois figures féminines du private equity en France

Hélène Ploix, pionnière de la professionnalisation

Née en 1944 , Hélène Ploix est une des grandes pionnières du capital-investissement en France. Diplômée de Sciences Po, de l’INSEAD et de Berkeley, elle commence chez McKinsey avant de rejoindre la haute administration dans les années 1980 : conseillère économique de Laurent Fabius à Matignon, puis administratrice pour la France au FMI et à la Banque mondiale.

A la tête de la BIMP , elle crée  Initiative et Finance ,le premier fonds LBO français , puis devient directrice générale adjointe de la Caisse des Dépôts. En 1997, elle fonde Pechel Industries, société de private equity indépendante qu’elle préside jusqu’en 2021. Présidente de l’AFIC ( France Invest) en 2001, elle incarne l’une des rares femmes à avoir dirigé une société de gestion à une époque où elles étaient absentes du paysage.

Elle a siégé aux conseils d’administration de BNP Paribas, Publicis ou encore Lafarge. Hélène Ploix est commandeure de la Légion d’honneur, officière de l’ordre national du Mérite et officière des Arts et des Lettres.

Dominique Sénéquier, pionnière et batisseuse d’un géant 

Première polytechnicienne de l’histoire du private equity français, Dominique Sénéquier, née en 1953, est aussi la fondatrice d’un des plus grands fonds européens. Après une première partie de carrière dans le secteur public, puis chez GAN où elle crée l’activité de capital-investissement, elle fonde AXA Private Equity en 1996. En 2013, elle organise le rachat par le management et fonde Ardian, devenu un acteur global avec plus de 100 milliards de dollars sous gestion.

Figure respectée du capitalisme de long terme, elle a instauré une culture d’entreprise fondée sur le partage de la valeur et la co-détention du capital. Elle est vice-présidente du conseil de surveillance d’Hermès, et a été élue en 2023 à l’Académie des sciences morales et politiques. Elle est également officier de la Légion d’honneur et officier de l’ordre national du Mérite. Pianiste accomplie, elle revendique une forme d’exigence harmonieuse, y compris dans la gestion d’actifs.

Sophie Paturle, la présidente de la transition

Élue présidente de France Invest en juin 2025, Sophie Paturle incarne une génération engagée sur les enjeux de transition et d’impact. Diplômée de Sciences Po, elle commence chez PwC, puis évolue dans les métiers du capital-développement avant de cofonder Demeter Partners en 2005, spécialisée dans la transition énergétique.

Longtemps active dans les commissions de France Invest – qu’elle a contribué à structurer sur les sujets de parité comme de transition – elle devient en 2025 la deuxième femme à présider l’association après Hélène Ploix.

Sophie Paturle est chevalière de la Légion d’honneur et chevalière de l’ordre national du Mérite. Elle siège également au conseil d’administration du CNRS, d’IFPEN et de plusieurs ETI cotées, et participe activement au pilotage du plan France 2030.